Le Confident (LC): M. Jacob Gbeti, vous êtes président du Comité National Olympique et Sportif Centrafricaine. Pouvez- vous nous dire si la RCA sera présente aux jeux Olympiques de Beijing en Chine ?
Jacob Gbeti-(J.G): Monsieur le journaliste, votre question est très perspicace et d'importance. La réponse d'emblée est oui. Oui, parce que nous avons exprimé ce souhait, le gouvernement de la République a donné son accord, le budget élaboré à cet effet a été accepté, l'ordre de paiement résultant de cet accord a été établi. Mais malheureusement, des incertitudes ont surgi liées à une interprétation quelque peu facile de la part de certaines autorités qui estiment que la délégation centrafricaine serait pléthorique eu égard au nombre d'athlètes engagés qui serait de trois.
Pour moi, la RCA va participer si l'hypothèque par rapport au déblocage des fonds par l'État est levée.
LC : La délégation sera composée de trois athlètes, dans quelle discipline ?
J.G : Deux disciplines seront représentées dont l'athlétisme avec un pugiliste, retenu par la commission tripartite du Comité International Olympique, chargé d'examiner le dossier des athlètes qui ne sont pas qualifiés sur le terrain, mais qui présentent un potentiel lié à leurs prestations. J'ai été informé il y a une semaine par le Comité tripartite du CIO, qu'il fallait préparer ce boxeur et l'amener à Beijing.
LC : Tout à l'heure dans votre réponse, j'ai senti un certain scepticisme, la délégation centrafricaine, athlètes et officiels compris est composée de combien de personnes en tout?
J.G: La délégation centrafricaine est composée de personnalités du ministère en charge des Sports, des personnalités du Comité Olympiques, du personnel technique et des médecins. Nous pouvons chiffrer cette délégation à seize personnes. Et comme je le soulignais tout à l'heure, certaines personnalités pensent que par rapport à trois athlètes, on aurait emmené beaucoup de monde. Ces autorités n'ont certainement pas lu les Jeux Olympiques. C'est pourquoi je voudrais lever l'équivoque pour une meilleure compréhension de la composition de la délégation. Lors d'une participation aux Jeux Olympiques, lorsqu'un pays n'a qu'un seul athlète, engage, il dort avoir son coach, son médecin et un chef de mission. Le Chef de mission est obligatoire pour un seul athlète ou 1000 athlètes. Lorsqu'il y a un nombre important d'athlètes, on exige des chefs de missions adjoints. Dans notre cas, même si la RCA n'avait qu'un seul athlète, il devrait obligatoirement avoir trois accompagnateurs, le coach, le médecin et le chef de mission.
Dans notre délégation, nous avons deux disciplines, donc deux coaches obligatoirement. Et comme en athlétisme, nous avons une fille qualifiée, nous aurons pu avoir obligation d'avoir un coach pour elle.
LC : Féminin ?
J.G : Non pas forcément féminin, mais un coach qualifié qui devait s'occuper d'elle. Mais pour des raisons budgétaires, nous n'avons retenu qu'un seul coach pour l'athlétisme et un coach pour la boxe. La délégation ministérielle est composée du ministre et d'un de ses collaborateurs et la délégation du Comité Olympique est composée du président et du secrétaire Général de cet organe.
LC : Est-il obligatoire que le ministre y soit?
J.G : Généralement, tous les ministres en charge des Sports du monde entier membres du CIO se retrouvent aux Jeux Olympiques. Nous ne pouvons faire exception et enfreindre cette règle là. Les présidents et secrétaires généraux des Comités Olympiques sont les dignitaires des Yeux. Obligation leur est faite d'être présents. Si aujourd'hui le Président et le Secrétaire Général du Comité Olympique n'y vont pas, cela va être considéré par le CIO comme un boycott, avec des répercussions dramatiques pour notre pays et notre sport.
LC : Nous allons revenir sur cette question de non participation avec les conséquences, vous étiez en train de nous expliquer la composition de la délégation aux Jeux Olympiques de Beijing pour une meilleure compréhension du public ?
J.G: Actuellement, nous avons trois athlètes. Nous sommes obligés d'avoir le chef de mission, deux coaches pour les deux disciplines, une infirmières qui fera office de médecin. Dans les délégations officielles, il y a le ministre et un de ses collaborateurs, le président du CNOSCA et son secrétaire général et un journaliste pour faire voir au public centrafricain, ce qui se passera au niveau des Jeux.
LC : Qu'adviendrait-il si le ministre des Sports et la délégation du CNSCA ne seraient pas présents au Jeu Olympiques de Pékin ?
J.G : Si la délégation se rend en Chine, sans le ministre des Sports et le CNOSCA, la signification sera simple pour les hôtes chinois. Cela signifiera que la RCA a boycotté les Jeux, malgré la présence des athlètes. Sur ce point, je m'abstiendrai de tout commentaire compte tenu de l'implication politique de l'absence qui pourrait être constatée. La Chine, une amie de la République Centrafricaine ne comprendra pas que la RCA sioit représentée au moins à un niveau ministériel ?
LC : Si la RCA ne devait pas être représentée, quelles en seraient les conséquences, pour notre pays et pour le sport centrafricain.
JG : Comme je venais de vous le souligner, je me réserve de tout commentaire sur le plan politique. Cela dépendra de la république Populaire de Chine et de ses relations avec la République Centrafricaine. Mais sur le plan sportif, le Comité International Olympique suspendra toutes interventions en RCA, les bourses olympiques, l'aide du CIO au CNOSCA. Notre pays n'aura plus droit de participation aux réunions statutaires au niveau de l'Association des Comités Nationaux Olympique (ACNO), sur le plan international et sur le plan africain aux réunions statutaires de l'Association des Comités Nationaux Olympiques d'Afrique (ACNOA) et du CIO. Il se posera un problème au niveau de l'honorabilité du CNOSCA, surtout que cette année la RCA aspire à faire partie du Comité International Olympique. Il est vraiment difficile que la RCA ne puisse pas profiter de cette opportunité qui permette à des nationaux de percer dans les Instances Internationales.
LC : Le CIO, Olympafrica, la Solidarité olympique et la Chine n'ont pas apporté d'appui à la RCA pour sa participation aux jeux olympiques de Pékin ?
JG : Je connais quand même la situation financière de notre pays. Les athlètes qui vont participer aux jeux, plus les deux coachs et deux jeunes, un garçon et une fille. Leurs billets de transports sont subventions par la solidarité Olympique. Mais la condition de cette subvention, c'est qu'ils aillent d'abord à Beijing et prennent part aux compétitions. Ceci pour éviter et les Comités Nationaux olympiques ne reçoivent l'argent et ne fassent pas voyager ou faire participer cette catégorie. Ces dispositions ont été prises pour encourager la participation des athlètes. Ceux-là, une bonne partie de leurs billets seront remboursés. A ce sujet, j'ai fait des propositions concrètes au gouvernement par le Ministre de tutelle, qui est celui de la Jeunesse et des Sports. De notre côté, il ne se pose aucun problème. Mais ce que nous recherchons maintenant, c'est la participation de la délégation de la République Centrafricaine. Si la situation financière du CNOSCA l'avait permis, nous aurions pu, avec l'aide des banques de la place, faire partir les athlètes et les techniciens et examiner ce problème avec la solidarité olympique par la suite. La participation du ministre et des responsables du Comité Olympique sont à la charge de chaque Etat.
LC : A Beijing, il ne se posera un problème d'acclimatation et la capitale chinoise a dans le fuseau horaire, huit heures d'avance sur Bangui. N'est –il pas prévu un stage dans ce sens pour les athlètes ?
JG : Généralement, il y a un stage préolympique qui est prévu. Mais pour la RCA, il y a que le coureur de vitesse Béranger qui va bénéficier de ce stage. Malheureusement, nous traitons à lui envoyer le billet pour qu'il se rende à Kuala. Lumpur en Malaisie pour ce stage d'acclimatation et tous les athlètes de ce centre vont être dirigés sur Beijing le 19 Août 2008 pour demarrer leurs compétitions à partir du 20 Août. Donc à l'heure actuelle, nous n'avons qu'un seul athlète qui participera à ce stage de préparation pré-olympique. Les deux autres qui sont à Bangui, nous n'avons pas la possibilité de les envoyer puisque nous n'avons pas encore les billets. Ceux-là iront directement à Beijing. Ce qu'il faut souhaiter, c'est qu'ils arrivent tôt, puisqu'il y aura des stages d'acclimatation au niveau de Beijing avant les compétitions.
LC : Les chances de médailles ?
JG : Vous savez aux jeux olympiques, il y a 2005 pays qui participent aux compétitions. Et certainement 15 à 20 pays qui reviennent avec des médailles. L'essentiel est que notre pays prenne part à ce festival international des Sports. L'essentiel c'est de participer comme le soulignait le Baron Pierre de Coubertin..Et pour nous surtout, l'essentiel c'est de ne pas être absent de la scène internationale. La RCA doit être présente dans toutes les instances internationales. Nous avons beaucoup péché à telle enseigne notre pays n'est pas représenté dans les organisations internationales et c'est un tort. Nous devons être présents, nous battre pour que notre pays soit représenté dans les institutions internationales.
LC : Question indiscrète, mais qui mérite d'être posée tout de même à l'instar des présidents Georges W. Bush des Etats-Unis et de Nicolas Sarkozy de France, le président François Bozizé sera-t-il présent à l'ouverture des 50 de Beijing ?
JG : Tout dépendra de son programme. Puisque les Chefs d'Etat ont des programmes très chargés. Si aujourd'hui le président François Bozizé décide d'être à l'ouverture des J.O de Beijing, rien ne s'y oppose. S'il manifeste cette volonté, il convoque le président du CNOSCA, il l'instruit et les autorités chinoises seront automatiquement saisies. Les dispositions seront prises pour qu'il y soit avec honneur et plaisir.